1526 La population
HISTOIRE DE SALON EN 1526 - LA POPULATION
Évaluer la population salonaise à la fin du XVe siècle est une tâche très difficile. En effet, nous ne disposons d’aucunes données précises, puisque Salon, comprise dans les terres adjacentes lors de l'affouagement général de 1471, n'est pas mentionnée, et que d'autre part le cadastre de 1453 ne compte qu'un quartier de la ville: le Bourg-Neuf. D'après divers recoupements, on peut penser que Salon, à cette époque, était assez comparable en importance à un bourg comme Brignoles, par exemple.
Sans donner des précisions irréfutables, les documents sont nombreux cependant à trahir l'essor démographique commencé à la fin du XVe siècle et qui prend toute son ampleur vers 1500 environ. Les délibérations communales se font l'écho de cettelle forte immigration. Le problème était d'autant plus grave au XVIe siècle qu'une succession de mauvaises récoltes, d'épidémies de peste etl d'intempéries de toutes sortes, sans compter les ravages des guerres, iIls ne permettaient pas d'assurer la subsistance de tous. En septembre 1543, le conseil de ville dut prendre la décision cruelle, et dirigée une fois encore contre les habitants du faubourg, “d'expulser tous les nouveaux habitants inutiles à Salon” à cause de la disette qui sévissait, la plus sévère du début du XVIe siècle. Le mot “inutile” autorise bien des hypothèses; toujours est-il que les responsables de la communauté avaient conscience d'une trop forte augmentation de population dont ils ne pouvaient assurer la survie.
Ces nouveaux Salonais, auxquels il n'est fait allusion qu'en termes voilés, nous avons essayé d'en déterminer l'origine géographique. La conclusion de cette recherche confirme une fois de plus l'hémorragie permanente qui vidait les pays alpestres, notamment la Savoie et le Dauphiné, d'une partie de leurs forces vives.
Trois catégories d'actes notariés ont servi à cette étude que nous avons menée sur toute la période de quatre-vingts ans. Les contrats de mariage quand l'un ou l'autre des conjoints est dit “habitant de Salon”, les testaments, selon le même critère, et aussi les contrats d'apprentissage qui permettent de saisir plus facilement les grands courants de population. A cela se sont ajoutés les divers hommages individuels glanés ici ou là dans les archives notariales.
En tout, 45 diocèses sont représentés à Salon par un ou plusieurs de leurs ressortissants, tant de France que d'Italie du Nord. Les diocèses alpestres de haute Provence, de la Savoie et du Dauphiné (Embrun, Gap, Senez, Glandèves, Nice, Digne, Die, Grenoble, Chambéry et Belley) sont très largement majoritaires.
Le premier rang revient au diocèse d'Embrun d'où, pendant cette période, 19 habitants sont partis vers Salon. Mais Grenoble en a perdu presque autant (15) de même que Genève. Sur un total de 135 documents examinés, on s'aperçoit donc que ces trois évêchés représentent déjà à eux seuls plus du tiers des immigrants.
Les familles venues de l'autre côté des Alpes se retrouvent aussi en grand nombre. Le diocèse de Turin, en particulier, est représenté neuf fois; il faut noter aussi une immigration importante de ressortissants venus de la région ligure et notamment des environs d'Albenga. Fait encore plus curieux: au moins trois familles de Diano, aujourd'hui petit port côtier de la Riviera italienne, se retrouvent à Salon.
La vallée du Rhône, depuis le Comtat jusqu'à Lyon, constitue elle aussi une forte terre d'émigration; l'antique voie du Rhône et de la Saône favorisait même des expatriements encore bien plus lointains; un habitant est originaire du diocèse de Sens, un autre de celui de Toul, et deux de Besançon. L'autre rive du Rhône, sauf Viviers que nous avons inclus dans la vallée du Rhône, n'envoie qu'un nombre infime de représentants; nous avons trouvé un Toulousain, un Carcassonnais, un natif du diocèse de Saint·Flour et deux de Clermont.
Sous l'effet de cet afflux de gens venus de l'extérieur et, à un moindre degré, de l'essor de la natalité que nous étudierons plus loin, la ville ne cesse donc de croître; il convient maintenant de savoir dans quelles proportions. Hormis le cadastre de 1552, les rèves ou gabelles sont d’un précieux secours; impôts sur les produits de consommation, perçus sur la vente au détail, ils donnent un ordre de grandeur intéressant quand on dispose de points de comparaison.
La mise aux enchères de la gabelle du poisson, dont nous avons gardé la trace, peut, à quarante-cinq ans d'intervalle, nous renseigner. Le 24 août 1505, elle est adjugée pour la somme de 150 florins, alors que le montant s'élève à 275 florins en 1550. Dans cette comparaison, il faut évidemment tenir compte de la dévaluation de la monnaie, mais elle ne suffit cependant pas à expliquer entièrement cette augmentation importante.
Cette évolution se trouve confirmée par le cadastre de 1552 où sont inscrits 780 noms de chefs de famille, non compris le quartier du Puy-Engenier (absent du cadastre) qui ne devait guère en compter plus d'une soixantaine. En prenant donc comme chiffre de base 850 noms et en multipliant par 3,5, coefficient le plus couramment admis, on obtient un nombre d'habitants avoisinant 3.000. C'est, à notre avis, la population approximative de Salon au milieu du XVIe siècle.
Édition digitale annotée de ces deux articles de Philippe Paillard, parus en 1969 et 1970 dans la revue Provence Historique
Actualisée le 28 mars 2026. Gilles Rigole
Cette page a été consultée 75 fois














Outils