Salon à la belle époque

Salon de Crau à la Belle Epoque (1880-1914)



Ce que l'on a l'habitude d'appeler « Belle Epoque » est une période marquée par les progrès sociaux, économiques, technologiques et politiques qui s'étend de la fin du XIXe siècle jusqu'au début de la première guerre mondiale. Ce sont près de 40 ans de paix (après la douloureuse guerre perdue contre la Prusse) et l'affirmation de la Troisième République dans un pays qui croit au positivisme et en la science, où s'organisent les partis politiques et les syndicats, mais où demeure une forte inégalité économique et sociale.
Nous avons choisi de vous présenter ce qu'était la ville de Salon à cette époque, en dehors, cette fois-ci, des réalisations architecturales (villas et châteaux) qui en ont fait sa renommée .

Magali Vialaron-Allègre



Une ville laborieuse
Depuis 1880, Salon est devenu le premier centre savonnier en Provence, hors Marseille, avec une production de 2000 tonnes par an (2500 tonnes en 1883) et 5 savonneries employant 72 ouvriers.
En 1900, l'Indicateur Marseillais recensait 5 savonneries : Chauvin et Michel, rue de Nice; Deiss Jules, route de Lançon; Garcin et Fils, route d'Arles; Joubert L., Bd de la République; Roux et Cie, Bd National (ne sont mentionnées ni la savonnerie Couderc, avenue de Grans, ni la savonnerie Jules Fabre, route d'Arles, pourtant existantes). Sont également cités : 200 marchands d'huile, 1 fabricant de graisses industrielles, 90 entrepreneurs et maçons, 18 ferblantiers, 70 propriétaires et rentiers. En 1909, à la gare de Salon, 87 975 wagons ont été affrétés uniquement pour les huiles et savons. Concernant les industries annexes, il faut signaler, à cette époque, 2 fabriques de bonbonnes, qui produisaient 1.350 bonbonnes par jour en moyenne, ce qui faisait une production annuelle de 420 000 récipients, dont une partie expédiée hors de Salon. Le personnel employé à cette industrie comprenait, en 1911, près de 300 ouvriers, dont les 2/3 étaient des femmes. On recensait également, toujours à la même époque, 8 fabricants de récipients en fer blanc pour huiles qui occupaient une centaine d'ouvriers. et 17 patrons tonneliers avec une quarantaine d'ouvriers. Enfin il y avait 13 caisseries qui livraient mensuellement près de 90 000 caisses et faisaient travailler une centaine d'ouvriers.

En 1914, la situation de l'industrie salonaise est toujours florissante. Selon l'Encyclopédie des Bouches-du-Rhône : la savonnerie de Lurian emploie 100 ouvriers, celle de Marius Gounelle 40, celle de Marius Fabre 20, tout comme celle d'Edmond Fabre. Les fabriques de carreaux de ciment Lanier font travailler 150 ouvriers, l'usine Vinatié (ferblanterie) 170 et la caisserie Lèbre 50. Quant aux huileries salonaises, appelées localement estives, elles emploient également un personnel relativement important, souvent féminin.
Pour ce qui est des conditions de travail, en 1907, deux grèves sont signalées : la première dans les usines Lèbre (caisserie) et Reynaud-Isnard (scierie). Elle portait sur des revendications salariales et sur la pénibilité du travail. Les femmes demandaient une

augmentation de 2 fr. sur les cageots, les ouvriers-caissiers voulaient être payés à l'heure et non à la pièce, soit une journée de 10h à 5 fr. La seconde grève a eu lieu, la même année, à l'usine Vinatié. Les ouvriers ferblantiers exigeaient que la totalité des estagnons soit fabriquée à Salon, alors qu'une partie était fabriquée à l'usine de Cavaillon. Enfin, on sait que le 9 mai 1911 a été créée l'Union syndicale des Ouvriers du Bâtiment et parties similaires, à l'occasion d'un conflit qui les a opposés à leurs employeurs sur le prix de l'heure. Mais il faudra attendre les années 1920 pour que s'organise vraiment le mouvement ouvrier .
Si Salon, à cette époque, est une petite ville industrielle (14019 habitants en 1911), elle n'en reste pas moins également un centre important d'activités agricoles et d'élevage ovin, sans oublier sa vocation de marché, présent tous les mercredis, sur la place des Platanes, dans la partie sud du cours Gimon, sur l'emplacement de l'ancien enclos du couvent des Ursulines.

Une ville nouvelle

Si les premiers boulevards se sont formés au début du siècle sur les lices de la dernière enceinte, les
seconds vont se former dans les nouveaux espaces urbains, autrefois réservés à l’agriculture.
On a coutume de dire que le négoce, à Salon, a joué le rôle du Baron Haussmann en donnant vie aux grands boulevards en périphérie, et en faisant sortir Salon de sa vieille ceinture urbaine. C’est vers l’ouest de la ville, en direction d’Arles, là où l’on a construit la gare en 1871 que les négociants et savonniers vont construire en grand nombre huileries (estives), usines et maisons (les fameuses villas et châteaux). Ils le feront également au nord, en direction d’Avignon, sur ce qui est aujourd’hui le boulevard Ledru- Rollin, à l’est sur l’ancien chemin de Pélissanne, et dans une moindre mesure, au sud, en direction de Marseille.

C’est à l’occasion de l’établissement de nouveaux accès aux abords de la gare qu’en 1871, le chemin des Louanes est agrandi et devient boulevard National. Il est élargi et converti en boulevard de 12 mètres de large en 1894. Le chemin de la gare, devenu en 1889, avenue de la gare, est agrandi en 1897 et bordé de platanes. Ces deux boulevards prendront en 1918 les noms de Clemenceau (boulevard National) et Foch (avenue de la gare).

Mais le plus ancien des boulevards de Salon, celui où vont se construire en plus grand nombre villas et usines, est le boulevard de la République , l’ancienne route départementale n° 1 (de Nîmes à Marseille) en direction d’Arles. La route est aménagée,
dès 1848, sous le Gouvernement de la 2ème République, on la borde de platanes du boulevard Nostradamus jusqu’au passage à niveau. Communément appelée allée de la République, faisant alors partie intégrante de l’agglomération, elle prend officiellement en 1878 le nom de boulevard de la République. Quant à la partie de la route d’Arles située après le passage à niveau, elle prend le nom de Michelet grand historien et grand patriote, le 11 août 1898. Un autre boulevard va également devenir résidentiel, c’est le boulevard Nostradamus (l’ancien chemin d’intérêt communal n°13, devenu boulevard en 1808).

Le cours du Bourg-neuf et de la Douve prennent, le 31 mai 1885, le nom du grand poète disparu Victor Hugo. En 1895, le cours du petit chemin devient le cours Gimon (Louis
Gimon est décédé le 6 décembre 1894), le cours de la Porte d’Arles devient le cours Carnot et on donne au boulevard Saint Laurent le nom du premier maire de Salon, David.
Enfin, le 1er novembre 1895 est inaugurée la première grande artère électrifiée (du boulevard de la République, jusqu’à la place Gambetta).

La place Thiers (aujourd'hui place De Gaulle) est aménagée en 1878, sous l’édilité de Louis Reynaud d’Ursule. On lui donne ce nom en l’honneur du « libérateur du territoire », enfant de la Provence.
En 1883, la rue du Jeu de Paume (aujourd'hui rue Théodore Jourdan) que la ville vient de percer va la relier au centre ville. En 1896, le maire Joseph Barielle décide la construction d’un kiosque à musiques sur cette place qu’on agrémente de platanes et de bancs. Le kiosque, réalisé par l’architecte Vian, est inauguré le 19 août 1900 par le maire Jean-Baptiste Garcin.

Une ville attractive

Dans ce Salon de "La Belle Epoque", on cherche aussi à se divertir. Si la population se retrouve tous les samedis et dimanches, pour des concerts et des bals au kiosque de la place Thiers, elle ne rate pas les rendez-vous incontournables que sont le Corso de la mi- Carême et le feu d'artifice du 14 juillet qui a lieu, lui, sur la place de la Liberté (place Morgan). Remplaçant l'ancien carnaval, devenu ensuite cavalcade, le premier corso est apparu en 1906. Plus « luxueux », puisqu'il introduit les voitures, il est aussi plus organisé, avec la participation des corporations et des associations.
Quant à la bonne société salonaise, si elle préfère les salons feutrés des belles villas ou des cercles privés, elle fréquente aussi, l'hiver, le joli théâtre à l'italienne construit en 1883-84, sur le boulevard Nostradamus par un riche commerçant Etienne Armand, dû à l'architecte David et acheté par la ville en 1891, et l'été « le théâtre Romantique » au château de l'Empéri. En effet, c'est au cours de l'été 1910, qu'une troupe de la Comédie Française est venue donner des représentations en plein air dans la cour du château à l'initiative de Louis Giniès qui a ainsi créé "le Théâtre romantique" .

Le 28 juin 1910, dans une œuvre locale "Taïma" (drame lyrique), Julie Armieux-De Poorter (la cantatrice belge qu'avait épousé le riche négociant Edouard Armieux) interprète le rôle principal. Cette représentation est suivie, le 14 août, par la pièce de Henri de Bornier « La fille de Roland » qui a remporté un grand succès. En 1912, va s'ouvrir la première salle de cinéma parlant, à la Ferrage : "Le Kursaal"...

Si les courses de taureaux sont très prisées dans les milieux populaires (Salon possédait trois arènes, une à la Monaque, une autre sur le boulevard de la République et une troisième au boulevard Michelet) le divertissement mondain par excellence reste les courses hippiques. C'est en 1883 que la Société hippique envisage la création d'un hippodrome en Crau, au quartier de Bel-Air. Il est inauguré en 1887, on y va pour « se montrer », se rencontrer, bien plus que pour voir les courses et la tenue y revêt une importance particulière (Archives Municipales de Salon- Robert Meysson).

En 1886, entre la place Thiers et la place Pelletan, est édifié un immeuble accueillant le Cercle des Arts et Métiers (fondé à Salon en 1842) dans un style évoquant les loggias de la Renaissance italienne. Réservé aux notables, il a une vocation de détente et de loisirs, avec ses salles de jeux. Il n'en encourage pas moins les Lettres et les Arts, voire les
œuvres philanthropiques. C'est dans ses murs qu'en 1898, Marius Reynier va fonder l'Orchestre Symphonique.

Quant aux "Grands Cafés", ils se sont installés sur les cours Carnot et Victor Hugo. Lieu de rencontre et d'échanges après le travail, chaque établissement a ses habitués, on s'y retrouve par affinités personnelles et politiques : café des Rouges et café des Blancs, des Républicains, des Royalistes ou des Bonapartistes. On y commente l'actualité grâce aux journaux tels Le Progrès, La Fraternité, l'Echo de Salon ou Le Petit Provençal. Parfois les échanges peuvent être bruyants, voire violents (verbalement tout ou moins!). Mais on vient également au café pour se divertir, la plupart de ces établissements ont, au premier étage, une salle de jeux et de billard. Une fois par semaine, les propriétaires donnent des concerts où musique classique et variétés font bon ménage, c'est l'époque des cafés- concerts.

Sur le cours Carnot, à l'emplacement actuel de la Caisse d'Epargne, il y avait "le Grand Café de Salon", quelques mètres plus loin (à l'emplacement d'un magasin de vêtements) se trouvait "le Grand Café de Lyon", construit, en 1891, à la place de l'ancienne synagogue que l'on venait de démolir. L'intérieur était fait de boiseries et de glaces, chaises et dosserets capitonnés de cuir rouge ou brun. Le propriétaire Frédéric Allemand écrivait de temps en temps dans Le Progrès de Salon et avait son bureau de rédaction dans l'établissement.
Sur le cours Victor Hugo, sur l'emplacement actuel d'un magasin de vêtements pour enfants, était installé "Le Grand Café du Commerce". La salle de jeux et de billard se trouvait au premier étage et on y accédait par le fameux "escalier roulant".
Place Crousillat, il y avait le" Grand Café Oriental" (aujourd'hui "Le Colisée") dernier survivant de ces "Grands Cafés". Il ne faut pas oublier, non plus, les cafés de quartier, moins "chics", plus petits, mais également très fréquentés : à la gare, au Pont d'Avignon ou à l'Arceau.

Une ville républicaine
Un grand nombre de réalisations, toutes d’intérêt public, vont être menées à bien pendant ces années de prospérité économique et d’extension de la ville. Elles concernent, tout d’abord, l’instruction publique. Le 6 février 1856, une délibération est prise, au conseil municipal, relative au projet et devis d’une école communale, mais sous la direction des Frères des Ecoles chrétiennes, sur le boulevard David. Le maire Castillon assure, en 1866, la réception définitive des travaux de l’école, devenue laïque, l’entrepreneur en est Guillaume Geneste, l’architecte Joseph Girard. L’école sera agrandie, dès 1900.

Mais il n’existait toujours rien pour les filles, si ce n’est des cours gratuits à l’école religieuse de la Présentation (les sœurs de la Présentation de Marie sont installées à Salon, rue Saint-Laurent, depuis 1821). La municipalité décide, en 1876 la construction d’une école laïque pour les filles. Située sur le boulevard des Capucins, l’école, dont l’architecte est M. Letz, est inaugurée le 2 octobre 1881 par le maire Reynaud d’Ursule et compte 150 élèves, un mois plus tard. En 1882, il est décidé de construire une école maternelle (appelée « salle d’asile »), puis un gymnase.

L'ensemble sera agrandi en 1904 et en 1909. Il faut également signaler la construction, à la demande de la population, de l’école de la Crau, au quartier de la Cabane (Bel-Air), en 1897.

Enfin, deux autres écoles ont été construites pendant cette période : en 1905, date de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, est créée, au Portail Coucou, sur le site d’une ancienne « salle d’asile » pour les enfants et d’une maison d’éducation pour les demoiselles (tenues par les sœurs de Saint Thomas de Villeneuve) une école de garçons en même temps que l’œuvre de la Jeunesse Laïque ; en 1910 Auguste Girard fait voter le projet de construction de l’école de la Gare (une parcelle de terrain d’une superficie de 4946 m2 est acquise), qui sera réalisée en 1912.

D’autres établissements d’intérêt public ont pu voir également le jour. Le 21 juillet 1898, le conseil d’administration de l’hospice Saint Jacques, situé près de l’ancien couvent des Cordeliers, dont l’état de vétusté est avancé, émet le vœu de construction d’un nouvel hôpital. Implanté dans l’ancien enclos Saint Marc (à l’est de la ville), le nouvel hôpital est presque entièrement aménagé en 1908 (sous la municipalité d’Auguste Girard).

Un premier abattoir a été construit entre 1868 et 1870 (sous la municipalité de Castillon) sur le vieux chemin de Marseille (aujourd’hui rue Eugène Piron). On le juge insuffisant au début du siècle et on décide d’en construire un autre aux Viougues sur un terrain de 15 625 m2. Il est achevé en 1907 . Un premier bureau de télégraphe a été établi en 1863. En 1878 le bureau de poste est réuni à celui du télégraphe. En 1899 la poste est installée, rue Chanzy.

Enfin, la place de la Croix, au sud de la ville, va subir d’importantes transformations. Agrandie en 1870, suite au plan d’alignement, elle prend le nom de Gambetta, en 1883. La société fraternelle des combattants de 1870-71 décide alors d’offrir à la ville un monument commémoratif. Edifié sur cette place par l’architecte parisien Gautier, et le statuaire Paul Moreau-Vauthier, le monument en bronze est inauguré le 28 juin 1903 par Camille Pelletan, ministre de la Marine. Mais l’édifice, dans son ensemble, ne sera réellement achevé qu'en 1911. C'est une allégorie : une jeune femme coiffée du bonnet phrygien, représentant la République française, brandit le drapeau tricolore, tout en ayant à ses pieds un lion, symbole de bravoure et de force, allusion au lion de Belfort (sculpté par Bartholdi en 1875-80), seule ville d'Alsace à avoir résisté aux Prussiens et à être restée française. La République tient ainsi à affirmer son pouvoir tout en ayant à cœur de rendre son prestige à la France.

Une ville meurtrie par le séisme de 1909
Ce tremblement de terre qui a sévi dans les régions de Rognes, Lambesc et Saint-Cannat, n'a fait pas (sur le moment) de victimes à Salon, mais les dégâts sont considérables.

En ce début de soirée d'une journée qui a été pluvieuse, la population, comme à son habitude, commence à envahir les rues, les hommes se retrouvant aux cafés et aux cercles. Il est alors 21h14, et la terre tremble pendant vingt-sept secondes. Les Salonais, abasourdis ne peuvent que constater le désastre : des toitures, des pans de murs, des escaliers effondrés, des pierres sur les trottoirs. La nuit sera longue. Mais dès le lendemain matin, les secours s'organisent, on consolide avec des poteaux les parties qui risquent de s'effondrer, on se met à déblayer la ville. L'hôpital St Jacques menaçant de s'écrouler, les malades sont hâtivement transportés au nouvel hôpital, alors en construction.

Les familles les plus touchées se réfugient sur la place Thiers, la place de la Liberté et dans les wagons de la SNCF. Les soldats du 141e régiment, avec l'aide du maire et des
élus locaux prennent des mesures exceptionnelles : fermeture des rues, installation d'un bureau centralisant le logement des sans-abris, secours en tentes...Un comité local de secours est créé, il est présidé par Henri Gamel. Camille Pelletan visite la ville et Auguste Girard intervient avec force au niveau du département.

La faille, dans un sens Nord-Sud (de la rue du 4 septembre jusqu'au château) ébranle particulièrement la rue d'Avignon et toutes les rues adjacentes, beaucoup de maisons ayant perdu leurs façades. Quant à la Collégiale Saint-Laurent, on décide de la fermer, sa flèche risquant de s'effondrer. Mais c'est le château de l'Empéri (alors appelé « château de la Reine Jeanne ») qui est le plus éprouvé, avec un pan de mur détruit ainsi qu'une partie du crénelage et deux de ses quatre tours lézardées.

Le 22 juin à 10h15, le Génie dynamite la tour dite du Pigeonnier, afin d'éviter qu'elle ne tombe sur la population, l'explosion va aggraver les dégâts causés par le tremblement de terre. Et c'est en 1916, au moment de leur départ du château que les militaires décideront d'araser la deuxième tour lézardée mais qui avait résisté ( tour baptisée plus tard Rostang de Cabre, par Raoul Brunon). Rien n'aura été épargné à ce château (qui n'est pas encore classé Monument Historique) !

La collégiale St Laurent (classée monument historique, depuis 1843) aura plus de chance, puisque son clocher sera démoli et reconstruit à l'identique. Autre victime de ces dégâts la poissonnerie que l'on va détruire quelques jours après la première tour du château, au prétexte qu'elle risquait de s'effondrer. Elle avait été construite, sur la place vieille (appelée aujourd'hui place de l'ancienne halle) en 1827, dans un style néo-classique, proche d'un temple grec avec colonnes et péristyle soutenant un tympan massif. En remplacement la municipalité fait installer, dans la foulée, une nouvelle halle, en structure de fer, plus légère et plus spacieuse mais qui déplaît fortement à la population et aux utilisateurs (elle sera détruite en 1945).

En 1912, la ville sera à nouveau sous le choc, quand deux enfants, qui jouaient sur le cours Gimon, sont tués par la chute du mur d'une maison en démolition (où deux ouvriers avaient déjà trouvé la mort).
Mais c'est un séisme d'une autre ampleur qui va ébranler deux ans plus tard la population salonaise, et tout le pays, avec l'appel à la mobilisation et la déclaration de guerre, mettant un point final à « La Belle Epoque ».

Samedi 1er août 1914
C'était le dernier jour de l'année scolaire, la mâtinée se passa tristement, l'après-midi devait être plus triste encore. En effet, vers 1h 1⁄2, quelques élèves venaient nous faire leurs adieux, en pleurant : leurs pères étaient appelés pour garder les voies, les uns à St Chamas, d'autres à Miramas ou Entressen. Ainsi se manifestèrent pour nous les préludes de la guerre. A 4h 1⁄2, nous nous séparions de nos collègues, le cœur serré, anxieuses de ce que nous réservait le lendemain.
Un instant après, une femme de service sonnait à la porte et, la figure décomposée, prononçait textuellement ces paroles : "Mauvaise nouvelle, mobilisation générale". Au bout de quelques minutes, le clairon retentissait dans toutes les rues et au milieu d'un silence effrayant, le crieur public lisait le décret de mobilisation.
Malgré notre émoi, nous sommes sorties immédiatement, la désolation était générale. Cependant, nous avons essayé de persuader les personnes du quartier que la mobilisation n'est pas fatalement la guerre et qu'on pouvait encore espérer.
Mlles Boyer et Mayol, directrices des Ecoles Primaire de filles et Maternelle des Capucins
dans les Archives Municipales de Salon (5.H3-9)

Texte de Magali Vialaron-Allègre






Actualisée le 11 juin 2026. Gilles Rigole