SOURCE DES AUBES (Rapport municipal de 1875)
CHAPITRE 1
Les fontaines des Aubes ont toujours été et sont encore la propriété exclusive de la Commune de Salon. C'est l'avis de nos savants conseils, qui l'ont motivé sur nos titres irrévocables et notre possession remontant à plusieurs siècles . . En effet, la nature des lieux, la possession plusieurs fois séculaire et les titres eux-mêmes, tout concourt à l'établissement de cette propriété de la Ville.
Quoique nous connaissions tous la nature des lieux, il est nécéssaire de la rappeler ici pour en faire ressortir les droits de la Ville.
Les fontaines des Aubes jaillissent de deux bassins entourés de mur antiques, l'un au bord peu profond et comblé par des dépôts terreux ; l'autre au Midi, très-profond et intact ; ils sont éloignés l'un de l'autre de l50 mètres et reliés par un fossé, qui portait jadis les eaux du bassin du Nord et venait les déverser dans le grand bassin du Midi le plus rapproché de la Ville.
Chaque bassin perd aujourd'hui ses eaux par un petit ruisseau d'écoulement. Le ruisseau d'écoulement du grand bassin du Midi n'a pas un mètre de largeur; il a été parfaitement tranché, quoique profond. Celui du petit bassin supérieur est un peu plus grand et en très-mauvais état; peut-être n'a-t-il été formé que par l'écoulement naturel des eaux depuis le jour où ce petit bassin étant comblé par les dépôts terreux, ses eaux ne se sont plus jetées dans le fossé, qui les portait au grand bassin du Midi. A une distance de 300 mètres environ, ces deux petits ruisseaux se réunissent en un seul fossé dit de Roche, qui a une largeur d’ 1m50. et un parcours d'un kilomètre environ; en été, ce fossé reçoit en abondance des eaux du Canal de Crapponne, qui, mêlées aux eaux naturelles, servent exclusivement à l'irrigation dos terres voisines. Arrivé sur le bord de la route d'Eyguières, ce fossé de Roche se réunit au fossé de Richebois, et là commence le cours d'eau dit de la Garrigue. Un peu plus bas, toujours sur la route d' Eyguières, se trouve le moulin de La Levade. Jusqu'à ce moulin, la Garrigue a une largeur de plus de trois mètres. Au-dessous de ce moulin, la Garrigue alimente les arrosages du quartier de la Levade ; puis elle coupe la route d'Eyguières au grand pont des Passadouires, traverse et arrose le quartier des Jardins, coupe et longe le chemin des Moulédas et arrose le quartier des Bressons jusqu'au pont d'Avignon. Dans tout ce long parcours, depuis le moulin de la Levade jusqu'au pont d'Avignon, la Garrigue n'a pas plus de deux mètres de largeur, et souvent même moins. Au-dessous du pont d'Avignon, les eaux du torrent de Talagard se réunissent à la Garrigue. Au même endroit sont établies les vannes qui s'ouvrent en temps utile pour porter les eaux au moulin de Châteauneuf. Au-dessous de ce moulin, les eaux de fuite regagnent la Garrigue, qui longe le boulevard Nostradamus, coupe l'avenue d'Arles et arrive à la porte d'Arles, où se trouve le moulin de la Cauquière. Au-dessous du pont d'Avignon, notamment sur le boulevard Nostradamus, la Garrigue a une largeur moyenne de trois mètres. En été, les eaux de la Garrigue servent exclusivement aux arrosages ; et les vannes des trois moulins de la Levade, de Châteauneuf et de la Cauquière sont rigoureusement fermées. Ces moulins ne peuvent marcher qu'en hiver, lorsque les eaux ne servent pius à personne. Tels sont les deux bassins de nos fontaines des Aubes, et leur ancien fossé de jonction ainsi que leurs ruisseaux actuels d'écoulement; le fossé de Roche et les terres qu'il arrose; le cours d'eau de la Garrigue et les quartiers traversés et arrosés par ce cours d'eau; enfin les trois moulins de la Levade, de Châteauneuf et de la Cauquière qui sont fermés en été et ne peuvent utiliser les eaux de la Garrigue qu'en hiver. Les eaux de nos fontaines des Aubes suivent aujourd'hui d'une manière exclusive la direction que nous venons d'indiquer; mais il n'en a pas toujours été ainsi·. Autrefois, une notable partie de ces eaux était amenée par un antique aqueduc dans l'enceinte de notre ville, pour alimenter nos fontaines publiques. On trouve, en effet, des tronçons de cet aqueduc en contournant le rocher du Touret et en suivant le parcours direct de ce rocher à la Ville. Un tronçon important est resté à découvert dans la propriété de notre honorable maire, Bertin, au Touret. Nous nous souvenons d'avoir admiré un autre tronçon plus important encore, que mirent à nu, sur le bord de la route d'Avignon, les fouilles pratiquées dans la terre de M. Aymard pour l'extraction du gravier destiné aux réparations de cette route. Le trou ayant été depuis lors comblé par les vases des eaux de Durance, cc tronçon n'est plus visible; mais il serait facile d'en découvrit un autre en creusant à côté dans la même terre. Des agriculteurs se souviennent d'avoir brisé leurs charrues contre cet aqueduc en défonçant leurs terres sur le parcours direct du rocher du Touret à la Ville. Quelque éloignée que puisse être la destruction de cet aqueduc, les tronçons sont là pour nous attester que primitivement les fontaines des Aubes étaient la propriété de la Ville, et qu'une notable partie de des eaux était amenée dans son enceinte pour alimenter les fontaines publiques. Les travaux d'appropriation des deux bassins viennent aussi attester la destination Primitive de ces eaux; les murs de soutènement des bassins, véritables travaux de romains, ont défié les ravages des siècles et ont incontestablement la mème origine que l'aqueduc. Le fossé de jonction entre les deux bassins ne s'explique que par cette destination primitive. Si les eaux n'avaient jamais servi qu'à l' irrigation des terres et au mouvement des usines établies sur la Garrigue, cc fossé de jonction n'aurait pas été pratiqué; on aurait laissé les eaux de chaque bassin s'écouler naturellement par leur ruisseau respectif, comme on le fait aujourd'hui. Voilà les documents que nous donne la nature des lieux; tout nous indique que primitivement 11 les eaux étaient amenées par l'aqueduc dans 2 enceintes de la ville pour alimenter les fontaines publiques; que, par suite, la ville était seule propriétaire des sources, et qu'elle a conservé cette propriété malgré la destruction ou l'abandon de l'aqueduc.
En cours de construction le 10 décembre 2025 par Gilles Rigole